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Tribune de Genève | 12 août 2010

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Written by Admin

Tribune de Genève - 12.08.2010

Calvin revient se balader en ville

Itinérant, le spectacle sur la vie du Réformateur mêle le théâtre de rue et les scènes
jouées dans des lieux symboliques.

Philippe Muri



Jean Calvin fait toujours courir les foules. Au point de créer certaines frustrations: l’an dernier à
pareille époque, tout le monde n’avait pas pu assister au spectacle itinérant créé pour le 500e
anniversaire de la naissance du Réformateur. Bonne nouvelle,Calvin, un itinéraireoccupe à nouveau
le devant de la scène, à la demande notamment du Conseil administratif de la Ville de Genève.
L’occasion de (re)découvrir au cœur de la cité le très beau texte de Catherine Fuchs et la
scénographie inventive de Christophe Kiss. A une exception près, la distribution reste la même,
avec un formidable Vincent Babel dans le rôle-titre. L’espace de 24 représentations, Calvin revient
hanter les cours de la Vieille-Ville. Metteur en scène comblé, Cyril Kaiser se frotte les mains. «C’est
un spectacle populaire, mais nullement populiste», assure-t-il. Explications.


En 2009, il avait fallu refuser du monde. Comment expliquer le succès de «Calvin, un
itinéraire»?


Sans doute par le mélange des genres. Le spectacle possède à la fois de la profondeur, une
perspective historique et de l’humour. Les gens qui avaient peur que l’image de Calvin soit trop
austère ont été rassurés et ont beaucoup ri. Ceux qui pensaient que le théâtre de rue allait
édulcorer la profondeur théologique ont été heureusement surpris.


Le spectacle montre Calvin à différents moments de sa vie. Des périodes symboliques?


Ce sont des moments cruciaux pour comprendre la destinée de Calvin et sa pensée théologique. Au
début, on découvre l’origine de sa vocation. A Paris, Calvin s’émancipe de l’humanisme et fait le
pas de la Réforme. Dans la deuxième scène, il est à Strasbourg où il vit heureux avec sa femme.
Un émissaire vient interrompre cette période idyllique pour lui demander de revenir dans une
Genève au bord de l’anarchie.


Le troisième tableau voit Calvin plongé dans les affres de l’affaire Michel Servet…


C’est une scène un peu racinienne, cornélienne, au cours de laquelle Calvin débat sur l’hérésie avec
un jeune pasteur. Le quatrième acte présente des opposants au Réformateur. A ces contradicteurs
du XVIe siècle se mêlent des antagonistes d’aujourd’hui. Notre itinéraire se conclut par un choix de
trois textes de Calvin qui répondent à la question: est-ce que sa parole résonne encore?


Les personnages évoluent dans de véritables cadres. Une trouvaille visuelle qui donne
l’impression qu’ils s’échappent du passé pour rejoindre le présent…


C’est une idée intuitive heureuse du scénographe Christophe Kiss. Les cadres possèdent une
fonction allégorique qui vient en résonance avec le texte de Catherine Fuchs. Au début, Calvin se
meut dans un cadre boursouflé, en or, qui représente ce catholicisme qu’il détestait. Calvin sort
alors de ce cadre, au propre comme au figuré. Allégoriquement, il quitte ce qu’il n’aime pas dans la
Rome catholique, c’est-à-dire le goût de l’or, de l’argent, les indulgences.


Les comédiens se déplacent d’une cour de la Vieille-Ville à une autre. Des lieux que
Calvin a fréquentés?


Le spectacle débute à la Société de lecture, un lieu qui représente bien l’humanisme. Puis on arrive
dans la cour intérieure de la direction de l’école primaire, 11, rue Jean Calvin. Le Réformateur y a
vraiment vécu, Ensuite, on le retrouve à l’Hôtel de Ville, où il a probablement agi. On termine à
l’auditoire Calvin, dans lequel ce dernier prêchait vraiment. Et Vincent Babel se tient sur une chaise
en bois historique sur laquelle s’est vraiment assis Calvin. Il y a toutes sortes d’échos avec le
passé.


Par de savoureux anachronismes, l’Histoire se retrouve mise en perspective. Que
viennent faire des personnages contemporains dans l’univers de Calvin?


Ils assument certaines fonctions d’explication propres aux personnages de la commedia dell’arte.
On trouve notamment une guide qui vulgarise le propos quand les débats théologiques volent trop
haut. Ainsi qu’une (fausse) touriste américaine mêlée au public. Avec ses questions volontairement
naïves, elle est le porte-voix des gens qui ne comprendraient rien à la Réforme. Chez les
personnages masculins, on a un bobo anticlérical de base, qui habite dans la Vieille-Ville. Les
célébrations sur Calvin le révulsent. Dans un rôle à la Bacri, il détend beaucoup l’atmosphère.


Une manière de séduire un public de non-spécialistes?

Une de mes préoccupations majeures reste de savoir si tout le monde comprend. Et si tout le
monde a du plaisir…

Dons

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