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Le Temps | 13 août 2010

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Written by Admin

Le Temps - 13.08.2010

Vincent Babel, un homme de bien

Dans «Calvin, un itinéraire», succès ludico-historique de l’été dernier repris dès
aujourd’hui à Genève, l’acteur donne au réformateur des accents humbles et humains

Marie-Pierre Genecand



Désarmant. On lui parle portrait, il ne pense pas «le mériter». On lui parle théâtre, il ne l’envisage
pas «sans amour». «J’ai besoin d’aimer le metteur en scène et les comédiens avec qui je travaille,
sinon je ne donne rien.» Vincent Babel, 36 ans, 1m86 et un sourire d’enfant, est désarmant de
bonté. Pas étonnant qu’il compose dès ce soir un Calvin si humain dans les rues de Genève. Lui qui
consacre une grande partie de son temps à la cause syndicale et dédiera la dernière représentation
de ce spectacle à sa maman, décédée il y a juste dix ans. C’est, comme on dit, un grand cœur.
Blessé par l’absence d’un père indifférent et qui a trouvé dans le théâtre de quoi recréer un clan.

Calvin, un itinéraire, petit miracle de l’été dernier. Souvenez-vous, pour les 500 ans de la
naissance du réformateur, Genève a débordé de festivités. Parmi les rendez-vous, ce spectacle
itinérant emmené par Catherine Fuchs au texte et Cyril Kaiser à la mise en scène. Parfait alliage de
gravité historique et de légèreté ludique qui faisait (re)découvrir les beautés cachées de la Vieille-
Ville et exposait l’air de rien le dilemme entre spiritualité rêvée et douloureuse application sur le
terrain. Le spectacle a plu, tellement, qu’il est repris jusqu’au 13 septembre prochain.

Interpréter Jean Calvin? «Je me réjouissais de travailler avec Cyril qui est un professeur de diction
passionné, un métier que je pratique aussi avec intérêt. Mais j’étais anxieux de jouer ce théologien
qui me semblait tout sauf sexy.»

A ce moment, Vincent Babel ne sait pas qu’il tient un rôle passionnant. «Avec ce personnage, je
traverse trois climats. Le Calvin fougueux, révolutionnaire qui veut populariser la foi. Le Calvin
pragmatique qui doit plier sa spiritualité à la raison d’Etat. Et le Calvin philosophe qui prône la
mesure et s’émeut devant la beauté de la nature.» Dans la dernière scène, celle du sermon éclairé
à la bougie, Vincent Babel subjugue par sa capacité d’intériorité. «J’étais terrorisé par ce moment
qui est le seul où l’on entend la langue de Calvin, ses mots d’il y a 500 ans. J’ai pensé à Dustin
Hoffman dans Little big man. Comment il trouve la vérité de ce vieillard qui a tout vu, tout vécu.»

La référence a porté. Comme, peut-être son admiration «totale» pour l’acteur Jean-Quentin
Châtelain. «A Vidy, j’ai été ébloui par son interprétation de Mars. Ce mélange d’ancrage et de
légèreté… aucun autre comédien n’est capable d’une telle puissance de jeu.» Au rayon des
fascinations, Vincent Babel évoque encore le cinéaste Emir Kusturica. «J’aime son excès, son
lyrisme débridé. J’ai pu le rencontrer et lui ai glissé mon numéro de téléphone en soufflant que je
rêvais de travailler avec lui. Il m’a fixé intensément, m’a dit qu’il n’oubliait jamais un visage et que
ça se ferait une fois. Je n’y crois pas trop, mais le rêve n’est pas interdit!»

La naïveté? Un bel atout de Vincent. «Quand j’avais 6 ans, ma mère, préparatrice en pharmacie et
passionnée de théâtre, m’a emmené voir Les Caprices de Marianne à la Comédie-Française. J’ai
créé la stupeur en lançant tout haut une réplique à Ludmila Mikaël.»

Peu après, Vincent suit des cours d’escrime et d’équitation. De théâtre aussi «pour vaincre une
timidité repérée par l’institutrice». Et joue dans un spectacle adapté de la BD de Claire Brétécher,
Les Ggnangnan. «Au lever de rideau, l’acteur David Gobet et moi poussions un immense gnan!,
comme un cri primal. J’aime cette idée de naissance au théâtre.»

Le clan, ce rempart organique. A l’image des alliances qu’il tisse avec des metteurs en scène pour
lesquels il joue régulièrement: Antony Mettler, et ses grands projets en plein air, dont Le secret des
pirates, il y a trois ans. Et Georges Guerreiro (Les Mangeuses de chocolat, Merlin ou la terre
dévastée) qu’il a aussi plusieurs fois assisté. La mise en scène, il y pense pour lui-même? «Oui, l’an

prochain, je dirige Fred Landenberg et Deborah Etienne dans Love Letters, duo d’amour par
correspondance. Je vais travailler avec un danseur pour que les corps, même immobiles, restent
animés de l’intérieur.»

Animé de l’intérieur. L’expression lui va bien. On décèle une fragilité. «Ça va mieux depuis cinq ans
que Marion, ma fille, est née. Avant, quand je terminais un rôle, je ne savais pas si c’était Vincent
ou le personnage qui restait…» De l’animation à l’action: depuis dix ans, le comédien milite au sein
du Syndicat suisse romand du spectacle dont il est depuis peu le vice-président. «Si la révision de
la loi sur le chômage passe le 26 septembre prochain, c’est une catastrophe pour les intermittents.
Dix-huit mois de travail sur deux ans pour ouvrir un délai-cadre, ça relève de l’impossible! En
septembre, nous allons mener une campagne pied à pied.» La bonté n’empêche ni la lucidité, ni la
combativité.

Calvin, un itinéraire, jusqu’au 13 septembre, à 20h30, départ à la Société de lecture, rés. 800 418
418, infos: 022/807 27 45, www.theatredusaulerieur.ch


Vincent babel, repères

■ 3 juillet 1974 Naît à Genève. Grandit dans la commune de Meinier.

■ 1996 Reçoit son diplôme de l’Ecole supérieure d’art dramatique à Genève.

■ 2000 Entre au Syndicat suisse romand du spectacle. «On dit souvent qu’on n’est pas assez musclé,
mais on a quand même signé une CCT avec l’Union des théâtres romands.»

■ 2002 Devient maître de diction à l’Ecole de culture générale, à Genève. «J’aime cette école qui, avec
ses sections médicale, sociales et artistique, regarde vers l’extérieur, se soucie des autres.»

■ 2005 Naissance de sa fille Marion. «Elle m’a assagi.»

■ 2009 Joue Calvin en plein air.

■ 2011 Signera sa première mise en scène, Love Letters, à Genève.

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