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Le Temps | 6 août 2009

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© Le Temps; 06.08.2009

Culture

Sans se faire prier, le public suit un Calvin au pied léger


Après le grand spectacle de François Rochaix, aux Bastions, le Réformateur revient à Genève sous une forme itinérante et animée. Sous les pavés, la parole en liberté


Marie-Pierre Genecand


L’été sourit aux spectacles mouvementés. Après Cymbeline à l’Orangerie, à Genève, véritable sarabande shakespearienne orchestrée par Frédéric Polier; après Le Malade imaginaire, à Sierre, mené tambour battant par un Alain Knapp réfractaire à toute mélancolie, le mouvement sied à Calvin, un itinéraire, deuxième création genevoise consacrée au Réformateur à l’occasion de son 500e anniversaire.


On s’en souvient. En juillet, au parc des Bastions, François Rochaix a ouvert les feux de ce jubilé avec un grand spectacle Calvin Genève enflammes qui n’avait de flamboyant que le nom. On y apprenait de précieux détails sur la vie du théologien et la période en fusion, mais l’affaire, trop sérieuse et scolaire, manquait d’élan et d’émotion.


Rien de tel, ces jours, dans les rues de la Vieille-Ville genevoise. Réalisé par Cyril Kaiser à la mise en scène et Catherine Fuchs au texte, Calvin, un itinéraire se veut et se vit comme un tourbillon. L’idée? Proposer un dialogue entre hier et aujourd’hui. Et emmener les spectateurs dans des lieux que Calvin a fréquentés pour que, la parole est aux pierres, les situations se vivent en immersion.


De fait, le public adore être baladé, parfois même coursé quand l’Inquisiteur s’en mêle… On partage ce bonheur. Les cours intérieures de la Vieille-Ville genevoise allient puissance et beauté. Tandis que le spectacle, qui surfe sur l’écume du rire ou plonge dans les préoccupations du Réformateur, conjugue, lui, humour et gravité.


Tout commence à la Société de lecture. Sous le porche de cet élégant hôtel particulier du XVIIIe, deux hôtesses plus ou moins commodes. A main droite, Marie-Jacqueline Favrod (Barbara Tobola), bénévole protestante, costume strict et chignon serré, est émue. A main gauche, Esther de Jussy (Nicole Bachmann), plus classe, sèche et cultivée. Ce sont elles qui mèneront le troupeau de spectateurs à travers cette calvinade feuilletonnée.
Premier épisode, la révélation. Ou comment, à 25 ans, Calvin comprend que la traduction de la Bible en français – et non en latin – représente la condition sine qua non pour que s’établisse une connexion directe entre Dieu et les chrétiens. Dans le rôle du visionnaire, Vincent Babel, yeux plissés, corps en suspens, conserve un sourire qui permet l’ironie.


Pas de distance, en revanche, chez Rachel Gordy, excellente en illuminée d’aujourd’hui. Américaine presbytérienne, la jolie touriste se pâme à chaque découverte qui la rapproche de ses cousins protestants. L’audience adore l’ingénue. Comme elle plébiscite son exact opposé. Un Genevois contemporain (Joël Waefler), râleur professionnel qui, résidant au-dessus de la cour Jean-Calvin, nargue le public et ses élans mystiques. Plus loin, il fustigera encore


Calvingrad, cité qui ne sait pas s’amuser. Chaque fois, les spectateurs, peut-être vengés, apprécient la pique acérée.
Le ton, donc, est léger, comme le pas, d’ailleurs, qui bat le pavé. Ce qui n’empêche pas les plongées dans l’émotion. Ce moment, par exemple, où Calvin et Idelette, sa femme (Barbara Tobola), doivent décider s’ils reviennent à Genève, cité de tous les dangers.


Apparaissant dans des fenêtres comme des vignettes médiévales, le couple sait, sent que les fils du destin sont déjà tirés. Emotion encore lorsque, dans la cour de l’Hôtel de Ville, Calvin est sommé de s’expliquer sur l’exécution de Michel Servet. Un jeune théologien (David Marchetto) observe à juste titre qu’aucun homme ne peut se substituer à Dieu pour rendre le dernier jugement. Et pourtant…


Dans une ambiance aux bougies, l’épilogue culmine d’intensité. Vieilli, fatigué, Calvin évoque sa vision des biens, de la propriété. L’obscurité gagne peu à peu la chapelle, les esprits, eux, s’éclairent devant cette réflexion nuancée. Et lorsque Rachel Gordy chante a capella un psaume en anglais, un frisson parcourt l’assemblée.

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