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Mot du président
Six comédiens costumés vous entraînent avec humour dans les rues de la Vieille-Ville. Ils vous invitent à entrer dans trois magnifiques cours : la cour de la Société de lecture, la cour de l’ancienne résidence de Calvin, la cour de l’Hôtel-de-Ville et dans l’Auditoire Calvin, pour interpréter des scènes évoquant quelques aspects marquants de la vie de Jean Calvin. Leur jeu enchante ces lieux, vous avez l’impression de vivre au contact de Calvin, de son épouse Idelette, de ses amis ou de ses adversaires. Vous découvrez des aspects de sa pensée et de son action. Puis vous êtes ramenés dans le présent avec les comédiens guides qui vous font passer d’un lieu à l’autre.Parmi les nombreux projets conçus pour les manifestations du 500e anniversaire de Calvin, celui d’un théâtre de rue dans la Vieille-Ville, avec des scènes jouées dans quelques-unes de ses cours, me semblait particulièrement intéressant. Non seulement pour profiter de ces lieux magnifiques mais aussi parce que jouer des aspects de la vie de Calvin au gré d’un déplacement correspondait bien au personnage. Aujourd’hui encore, il bouscule, il polarise les opinions.
L’enjeu de la Réforme de Calvin était de faire connaître à tous l’Evangile de Jésus-Christ, à savoir la Bonne Nouvelle de la bonté et de la miséricorde « gracieuses » de Dieu pour tout humain, sans distinction et sans mérite. Ce qui allait de pair avec l’établissement d’une société juste. Ce projet avait pour corollaire l’instruction et l’éducation de tous dans une perspective de responsabilisation de chaque citoyen passant par une discipline individuelle et communautaire stricte.
La lutte de Calvin pour la défense des pauvres et des malades fut une de ses préoccupations majeures. L’accueil des réfugiés huguenots persécutés en France fut aussi saisi comme une nécessité évangélique. Ainsi Genève devint grâce à l’oeuvre de Calvin non seulement une ville de refuge, mais acquit aussi un rayonnement international.
Il faut rappeler que lorsque Calvin arrive à Genève en 1536, juste après l’adoption de la Réforme, la ville est en plein chaos tant en ce qui concerne les moeurs que la situation sociale. De nombreux enfants illégitimes sont abandonnés, le profit de certains plonge une partie de la population dans la misère. De plus, les épidémies de peste et autres maladies, les guerres font régulièrement des ravages. La religion a dérivé
vers la culpabilisation et la superstition. C’est pourquoi, au nom de l’Evangile, Calvin veut procéder à un redressement afin que la cité pratique la justice et que le travail soit la dignité de tous. Or le revers d’un tel dessein éducatif est que tous n’y entrent pas.
Que faire des rebelles ? Ils doivent être repris, instruits, voire punis ! Pour Calvin, la discipline ne doit pas faire d’exception. Difficile équation où il faut tenir ensemble grâce et discipline. Le texte de Catherine Fuchs en illustre bien les aspects positifs et les durcissements dommageables. Le projet éducatif de Calvin avec ses excès, qu’il ne s’agit pas d’excuser, a néanmoins permis à la Réforme de traverser une époque fort troublée et de construire une nouvelle société.
L’exigence de discipline ne fait pas recette aujourd’hui !
Paradoxalement, notre société de liberté est plus réglementée que celle du 16e siècle. Les impératifs économiques imposent des règles et des rythmes très contraignants.
Nous le savons bien, des enjeux majeurs sont devant nous : la perte de sens, la paupérisation, le manque nourriture pour une grande partie de la population, la destruction de l’environnement… Dès lors, quelle discipline appliquer dans une société où la liberté individuelle est la valeur première ? Quel projet commun promouvoir dans une société plurielle ? Ce sont les défis de notre temps, qui peuvent faire échos à ceux du 16e siècle.
Roland Benz, président du comité
Jubilé Calvin 09 - Genève
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