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L'association

Qui eût crû qu'un théâtre de rue en ville de Genève afficherait complet tous les soirs ? Qu'une histoire de la Réforme (nous ) passionnerait autant ? Que nous ferions rire les protestants les plus fervents en leur tendant un miroir ? Et que nous rendrions sensible la beauté des textes de Calvin aux oreilles les plus anticléricales ?

Pour des raisons principalement liées à nos activités de pédagogues (sur lesquels nous reviendrons ) les travaux de la troupe commencèrent pendant la semaine des vacances de Pâques 2009 dans ce cadre inspirant qu'est le Le Temple de la Fusterie, se poursuivirent trois semaines en juillet dans les quatre cours intérieures de La Vieille Ville et s'achevèrent à la fin de ce merveilleux été sans pluie. Avant de commencer les travaux d'improvisations avec les comédiens, nous mirent en place, dans la grande salle de la Fusterie, les cadres stylisées qu'avait conçus Christophe Kiss et dans lesquels seraient jouées les saynètes de Catherine Fuchs. Nous inventâmes un parcours dans l'espace du Temple reproduisant conventionnellement les déplacements prévus dans la vieille ville. L'architecture sur deux niveaux du Temple nous permettant de recréer les conditions de notre futur spectacle.

lighting

Nous avions une semaine pour créer une esquisse précise de ce que serait notre spectacle en été et surtout pour donner corps ( et esprit ) aux quatre personnages que j'avais imaginé. Il y aurait une guide érudite, une marraine du spectacle, sorte de protestante bon teint, une touriste américaine et une sorte de bobo anticlérical habitant la vieille ville, hostile à toute manifestation célébrant la Réforme. Ce sont eux qui feraient la transition entre les scènes classiques et historiques selon les règles de jeux du théâtre de rue et de la commedia dell'arte que j'avais pratiquées pendant des années avec La Compagnie des personnages délivrés. Les premières improvisations commencèrent, filmées par l'équipe de Roland Pellarin mandatée par la ville pour faire un documentaire sur les trois spectacles traitant de la vie de Calvin (voir plus loin extraits de Calvin, mort ou vif ). Barbara inventa la marraine Marie-Jaqueline Favrod, Nicole l'érudite Esther de Jussy, Rachel la touriste hyper-émotive Nancy Bauvois et Joël l'irrésistible bobo anticlérical Ignace Piaget (voir rubrique et photos concernant les personnages ou/et les comédiens.)

Nicole avait tout lu et improvisa toute la semaine sur la Réforme, dissertant sur l'humanisme, glosant sur la prédestination ou précisant les bonnes règles du théâtre de rue... Nous l'écoutions, prenions des notes, les lui transmettions amendées au fur et à mesure des séances de travail. Le fruit de ce va et vient incessant donna donc naissance aux trois hilarants prologues conduits par Esther de Jussy. En une semaine nous avions créé nos quatre personnages modernes pendant que Vincent Babel ruminait son Calvin... Nous parvînmes bon gré mal gré à interpréter les 5 tableaux de Catherine Fuchs en les reliant par les interventions et les déplacements de nos personnages contemporains. Nous laissâmes reposer 2 mois et nous reprîmes en juillet là ou nous nous étions arrêtés.

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La difficile interprétation des scènes classiques commençait. Nous inventâmes un jeu propre à l'action circonscrite par les cadres. Je m'inspirais du jeu masqué utilisé pour la pratique du masque neutre. Les scènes étant didactiques, historiques, je savais qu'il nous fallait mettre l'accent sur l'esthétisme et inventer des formes de jeu originales et saisissantes.

Pour la première scène, nous eûmes l'idée de jouer sur l'illusion picturale initiale, en donnant vie et mouvement à des personnages peints. Ensuite, nous utilisâmes le cadre du tableau comme symbole du réel et le peintre imaginaire comme le symbole du Créateur. D'ailleurs, si vous observez le jeu de l'humaniste dans le tableau I, vous verrez qu'il essaie de trouver la signature du peintre en bas à gauche du tableau, comme s'il cherchait le nom de son créateur... (pour plus de détails voir la rubrique et les iconographies concernant la scénographie )

Toute considération philosophique, et dans notre cas métaphysique, inscrite dans les limites d'un cadre de tableau, donne à voir le dedans et l'au-delà. Ainsi, chaque regard d'un personnage pictural vers l'extérieur et une spéculation métaphysique, une question sur l'au-delà... c'est ainsi que je découvrais avec émotion dans le tableau II qu'Idelette de Büre invoquant le seigneur en allongeant ses bras hors du cadre du tableau, symbolisait la figure du croyant, de la foi. Je me suis dit, tiens oui c'est ça un croyant : c'est celui qui croit qu'il existe quelque chose hors du cadre et j'eus un brusque accès de tendresse pour tous ceux qui croient, comme dit Aragon... (la suite en rédaction )