|
NOUS JOUONS ACTUELLEMENT DANS...
Le Misanthrope de Molière
Dans la saison du Théâtre en Cavale qui s’invite à l’Espace Fusterie
INFOS:
ANNONCES:
RADIO: -Critique du spectacle sur l'émission "Zone critique" de la RSR qui a passé ce vendredi 14 octobre 2011 sur Espace 2 Ecouter l'émission de "Zone critique" sur ce lien!
-Critique du spectacle sur l'émission Dare-dare de la RSR qui a passé ce mercredi 12 octobre 2011 sur Espace 2 Ecouter l'émission de "Dare-dare" sur ce lien!
-Julie-Kazuko Rahir et Vincent Babel, comédiens qui jouent respectivement les rôles de Célimène et d'Alceste dans la pièce du Misanthrope, ainsi que Cyril Kaiser, notre metteur en scène, ont passé dans l'émission radiophonique de la RSR "Devine qui vient dîner" le 29 septembre en différé de 20h à 21h. Ecouter l'émission de "Devine qui vient dîner" sur ce lien!
TELEVISION: Le lundi 3 octobre, Cyril Kaiser a passé sur Léman Bleu pour un interview à propos de la pièce du Misanthrope.
LE JOURNAL DU MISANTHROPE par Cyril Kaiser
17 février 2011
Première répétition avec Blaise et Miguel à l’aula du collège de Candolle.
Nous travaillons deux scènes : la scène 1 du troisième acte : la scène des deux marquis et la scène 4 du quatrième acte : l’arrivée de l’idiot Du Bois.
Les deux scènes - et c’est cela qui frappe d’emblée - commencent par une description visuelle du personnage qui est en scène. Dans la scène des marquis c’est la tête hilare d’Acaste qu’on décrit et dans la scène de l’arrivée de Du Bois, c’est son air effaré et ahurri qu’on mentionne, comme si chaque scène commençait comme un titre de tableau. Il s’agit donc bien d’une série de portraits, d’apparitions, d’apparences…
Courriel à Roland Deville:
Mon cher Roland,
Quelques réflexions suite à notre dernière rencontre. Il me semble que la nouvelle orientation que tu me proposes, si tu me permets, va dans le mauvais sens, dans la mesure où elle prive l’espace de la Fusterie de son statut.
Je voudrais que nous continuions à jouer sur les 2 tableaux, l’espace de la Fusterie : sacré et austère (réel) et ton petit théâtre baroque : profane, esthétique, sensuel (onirique ).
Je crois que la lettre que j’ai écrite à Blaise Menu, inspirée de tes premiers croquis doit faire foi. J’ai reçu beaucoup de compliments au sujet de cette lettre et c’est la vision de tes premiers croquis qui ma soudainement inspiré et convaincu que si nous montions le Misanthrope, ça ne pouvait être qu’à La Fusterie. Mais tout part du principe de l’antithèse Temple / Théâtre, c’est pourquoi il me semble faux – même si l’idée est brillante et la chose esthétique - de vouloir par trop harmoniser ta scénographie à la réalité architecturale du temple. J’ai besoin des deux structures, je voudrais pouvoir profiter à fond du moindre recoin du temple et utiliser ton dispositif scénique comme les moments les plus esthétiques du spectacle, des moments ou les spectateurs se réjouissent de regarder simplement le théâtre dans sa réalité boisée et sensuelle, éclairée comme tu l’avais imaginée par la rampe au devant et des éclairages placés sur le côté interne du cadre.
C’est pourquoi, je n’ai pas abandonné l’idée d’entrevoir en haut côté jardin à travers des tulles blanches la silhouette des comédiens qui se préparant.
J’adore utiliser les lieux réels et je me réjouis de marier les deux espaces.
Si j’allais jusqu’au bout de cette logique : un théâtre incongru dans un espace sacré, je pense qu’on ne devrait même pas mettre de gradin… mais bon je ne suis pas intégriste de mes propres idées… et que tout le monde semble très content d’avoir ces gradins…
Je vais relire ce week-end la pièce en entier et mettre mes commentaires en regard et je te les enverrai que tu puisses à ton tour mettre les tiens.
Je reste ébahi par tes deux premiers croquis qui, chaque fois que je rentre à la maison me mettent en joie : c’est beau, chaud, poétique, onirique. Je suis sûr qu’on tient quelque chose de fort.
Cyril
8 avril
Quand le temps me laisse un peu lire Molière – j’ai passé la semaine à fabriquer des dossiers pour les fondations – je poursuis la lecture de Dom Navarre ou le prince jaloux. On y trouve des choses passionnantes, c’est l’oeuvre qui fait le plus écho au Misanthrope.
Des vers entiers y sont déjà là… qu’on retrouvera dans l’oeuvre tardive… Il m’est venue cette réflexion en lisant la scène où Dom Garcie de Navarre, le prince jaloux, surprend, à travers la porte entr’ouverte, sa belle dans les bras d’un prince
( en fait c’est une femme déguisée ) : Et si les personnages du Misanthrope avaient tous vu les pièces de Molière ? N’oublions pas que Philinte a vu et cite L’Ecole des maris à Alceste…
Pourquoi Célimène, Oronte, Acaste, Clitandre, Philinthe et Alceste n’auraient-ils pas vu la pièce en question ? D’où vient par exemple, que Célimène accusée de trahison à propos d’une lettre, réplique que le destinataire est une femme ? Et si elle s’était souvenue du Prince jaloux ?
Et si Alceste était le seul à n’être pas allé voir les pièces de Molière, à part peut-être l’école des maris qu’il trouve fade… comme s’il trouvait humiliant d’être comparé à Sganarelle… et qu’il préfererait qu’on le comparât à Dom Garcie, précisément…
Il y a là, peut-être, imaginons-le, une oeuvre construite sur un mystère, sur un secret, une formidable mise en abyme des oeuvres elles-mêmes de Molière. Il y a peut-être là l’énigme percée à jour du traitement qu’il faut faire des procès d’Alceste…
N’oublions pas La critique de l’école des femmes et surtout L’impromptu de Versailles où Molière fait preuve d’une sorte de pirandellisme avant la lettre… hallucinant…
Je pense qu’il faudra mêler vraiment les genres, comme pour le Calvin, c’est-à-dire faire altérner les grandes orgues avec des musiques contemporaines du répertoire anglo-saxon populaire.
Et malgré la longueur des textes, agrémenter la représentation de moments allégoriques, esthétiques, purement visuels… les trois marquis sur les coursives… petit ballet… marionnettes… les versaillais… peinture…
Travaux à prévoir même déjà pour Pentecôte….
Il me faudra des musiques… mélancolies… gaîté… et une organiste…
11 avril
Répétitions ce matin avec Nicole et Albertine, une ancienne élève à moi qui a l’âge du rôle de Célimène. La scène entre Arsinoé et Célimène est absolument passionnante. J’ai demandé aux actrices de travailler sur deux registres, la mondanité généreuse, apparemment sincère, et la communication plus accusatrice, le ton sombre, sentencieux.
Le postulat général est que les personnages du Misanthrope sont d’excellents comédiens, d’excellents imitateurs, excepté peut-être Philinthe et Eliante pour les raisons qu’on imagine…
J’ai longtemps “bridé” les deux personnages qui semblent jouer à un jeu d’échec, tendu, mais soudain la rage éclate, nous avons travaillé également, sur le statisme du personnage écoutant alors qu’on l’attaque, il semble que tout nous pousse à trouver le leitmotiv des cadres quand un personnage parle ou qu’il écoute, il faudra que nous multiplions les idées de cadrage, carré de lumière, vrais cadre, choix de l’ombre, statues, je me demande même s’il n’y a pas devant le proscenium, un chevalet où quelqu’un s’est interrompu de portraiturer Célimène…
Les deux personnages ne cessent de s’imiter dans cette scène, Arsinoé imite la mondaine et Célimène imite la prude, mais les deux sont d’excellentes comédiennes. Elles citent tout d’ailleurs : Tartuffe et d’autres personnages des comédies de Molière puisqu’il me semble évident que les personnages du Misanthrope ont vu les pièces de Molière. À part peut-être Alceste.
Quand elles sont en furie elles redoutent d’être vues et elles regardent souvent autour d’elles, Il y a toujours à la fois le désir d’être vue, mais d’être surprises en flagrant délit d’expressions peu convenues ni convenables, ça non.
Elles sont au bord des larmes de rage à la fin de cette scène, surtout Arsinoé qui doit presque se rendre… Alceste arrivant, Célimène la laisse tâcher de prouver qu’elle est capable d’obtenir ce qu’elle vient de prétendre…
Ce qui m’a frappé dans l’excellente interprétation de Nicole, c’est à quel point Arsinoé pouvait être à la fois touchée et touchante. Ça ! : qu’Arsinoé m’émeuve, je ne m’y attendais pas… que Tartuffe puisse nous faire éprouver un peu de compassion… Mais je pense que c’est bien le dessein de Molière dans cette pièce, brouiller les repères. Brouiller les cartes, les genres, constamment surprendre… Faire d’une hypocrite, une fausse prude de comédie, une soudaine héroïne tragique, c’est ça que nous montre Molière, qu’il veut nous montrer : la tragédie est partout et pas seulement dans les palais grecs, ni les châteaux espagnols… mais dans tous les coeurs. Amoureux, mal-aimés, trahis…
Si Alceste veut qu’on le distingue… eh bien à coup sûr, le Misanthrope, doit être distingué, montré dant toute son originalité par la troupe qui le joue… d’où l’importante mission qu’est la nôtre et la pertinence de créer la pièce dans un lieu insolite de notre Ville !
12 avril
Travail de la scène première de l’acte IV, avec Marc et Héloïse
Héloïse est arrivée en répétition avec son bébé sur le ventre. Elle était très belle et cette mère et cet enfant conféraient à donner à l’atmosphère de la plus belle scène du Misanthrope quelque chose d’encore plus doux, plus humain, exactement ce qu’il nous fallait…
Nous avons trouvé le rapport et la bonne lumière. Ces deux êtres sont merveilleux, ils aiment Alceste et celui-ci apparaît à travers eux comme une sorte de Christ, on sent bien qu’il le trouvent énorme, incontestable, mais ils sont inquiets pour lui comme s’il s’agisait d’un frère depuis longtemps gravement malade.
C’est une sorte d’idiot de Dostoïevsky. Un Christ. Il est tant aimé. On se dit que seuls Eliante et Philinthe ont la conscience que vit au milieux d’eux un être nouveau (que Molière a inventé), une sorte d’homme moderne, le premier, là, posé, au beau milieu du 17ème siècle, à la fois ridicule comme un Don Quichotte et génial d’originalité, d’absolutisme, d’intansigeance, un pur des purs, une contradiction incarnée, ce paradoxe qui fait la vérité du sujet…
Nous avons retrouvé les formes théâtrales que nous avions déjà repérées dans la scène d’Arsinoé versus Célimène : j’ai reconnu les formes cornélienne tragiques quand Alceste surgit, on entend, dans le rythme du vers, à un moment donné, qu’il joue, qu’il rejoue ce qu’il a peut-être vu au théâtre… on peut penser qu’Alceste va plutôt voir les drames de Corneille, alors que les autres personnages du Misanthrope ont tous tout vu des pièces de Molière.
Philinthe pleure, c’est beau. Eliante tombe des nues quand Philinthe lui dit qu’il l’aime. Elle est très émue, elle ne pensait pas… lui!... un confident... puis arrive le tragédien… l’enfant gâté… qui cherche sa maman… Philinthe disparaît aussitôt dans le public… Eliante craque cruellement pour son héros… devant les yeux oubliés de son confident… mais elle ne veut pas y croire, elle descend du proscenium, mais Alceste tente de la remonter à bord du vaisseau tragique, il y a même quelque chose de sensuel ente les deux. Elle serait prête. Presque...
Quand elle monte au niveau d’Alceste, Eliante augmente le son de sa voix et ressemble très vite à une tragédienne, et nous utilisons à merveille la voix de cantatrice d’Héloïse…
2 mai
Travail de la première scène avec Vincent et Marc.
Ils ont commencé par lire la scène : 13 pages ! Treize pages de conversation comment est-ce qu’on va faire ?
Je précise avant qu’ils mettent en jeu la scène dans une grande improvisation que l’état émotionnel de leur personnage est faible : Alceste est malade, gravement affaibli par la vision des mondanités futilissimes de La Cour qui affecte jusqu’a son foie et sa rate…
Et voilà t-il pas que son meilleur ami s’adonne aux mêmes activités vides et superficielles ! Philinthe en effet vient d’embrasser un marquis en protestant de sa grande amitié et quand Alceste lui demande son nom il dit qu’il ne s’en rappelle pas ! Alceste lui fausse compagnie ! il veut le fuir, s’enfuir, il est au bord de la rupture, des ruptures, quitter le Louvre, ses amis, il ne semble n’être encore là que parce qu’il souhaite voir, une dernière fois peut-être Célimène, pour lui dire qu’il réprouve son train de vie et ses manières de faire la coquette.
Mais pour l’heure, c’est Philinthe qui lui donne la nausée. Ces effusions insincères le rendent malade. C’est aussi de la jalousie, Alceste lui fait également une scène de jalousie… c’est une des grandes composantes d’Alceste, son double littéraire, étant le prince jaloux, Dom Garcie de Navarre….
Il se cache dans les recoins du salon de Célimène. Il observe Philinthe, décomposeé, éperdu, cherchant son maître, puis se faisant remarqué, il se met à courir dans l’espace pour bien lui faire sentir à quel point, il éprouve de la répulsion à son encontre… Philinthe est bouleversé, il tente de le poursuivre, mais Philinthe n’est pas très agile, il peine à le poursuivre. Soudain, Alceste passe tout près de lui, il essaie de l’arrêter, s’accrochant à sa manche, défaisant un peu l’habit d’Alceste, mais Alceste le repousse violemment.
Vincent était déjà à mille tours, comme un gosse hyper vexé par son camarade, mettant dans son jeu tout le sérieux d’un enfant excédé et Marc tenta de lui répondre, mais j’ai senti que dans son jeu, il n’était pas au niveau émotionnel de Vincent : d’un côté on percevait une douleur et de l’autre on entendait des mots… ça n’allait pas ! On ne pouvait se permettre d’entrer en scène, dans l’Oeuvre comme ça, facilement, en balançant des phrases de douze pieds, vestiges d’une vielle langue littéraire !
Il fallait plus, nous devons bâtir une plate forme avec cette scène, une rampe de lancement pour 22 scènes classiques ! Il y a quatre actes qui suivent derrière ! Comment faire ? En tout cas faire comme si de rien n’était, comme si l’on pouvait dire des alexandrins “naturellement” n’est pas possible, il nous faut réinventer un code de transmission, sans quoi nous lasserons...
Faire oublier la forme ( toute sublime qu’elle soit ) de la langue, subordonner tout à la situation, amplifier le drame, créer d’abord une vibration dans l’espace, des ondes de chocs émotionnels, créer métaphoriquement comme une grande cloche contre laquelle les alexandrins viendront résonner ! Mais pour cela, j’ai découvert une des lois de notre dire classique qu’il faudra qu’on invente si l’on veut que nos publics non seulement nous entende, mais nous écoute… ! aujourd’hui : il faut qu’à tout moment un des deux comédiens au moins soit bouleversé, et crée dans l’espace cette atmosphère émotionnelle dans laquelle le deuxième peut faire tinter ses vers, dire son texte, même froidement si l’autre vibre de tout son être, mais sans cela, on n’entendra pas, on ne suivra plus nos personnages…
La méchanceté d’Alceste résonne contre un Philinthe détruit, humilié. Arriverons-nous toujours à tenir dans toute la scène cette loi d’un récepteur ému qui recoit les mots d’un émetteur méchant, sadique… je ne pense pas et sans doute nous faudra-t-il encore inventer des manières de faire résonner notre texte…
Répétition avec Julie Rahir:
Julie, Vincent et Nicole sont venus aujourd’hui pour que nous mettions Julie dans le bain. J’avais demandé à Julie et Vincent de préparer un peu la scène première de l’acte II, mais j’avais découvert la veille que la scène à l’acte IV était bien plus spectaculaire… enfin, j’imaginais. Je me disais : qu’est-ce qu’on va faire avec cette première scène plate ?
J’ai demandé à Julie d’entrer dans la scène en courant, comme si à son tour elle voulait semer Alceste, dont elle devine les intentions. Julie arriva donc en trombe et se cacha dans les rideaux d’avant-scène. Elle écoute Alceste comme un enfant excité par le jeu de cache-cache. Je lui demandais d’observer Alceste, de se payer le spectacle d’un homme jaloux, je demandais à Vincent de jouer un Alceste d’abord furieux, puis petit à petit gagné par l’atmosphère feutrée et sensuelle du salon de sa belle, caressant le sofa, pris en flagrant délit d’épicurisme..!
Accroupie dans les rideaux, Julie fit lever lentement sa Célimène, je demandais à Vincent d’en faire bégayer son Alceste, hachant son vers, en trois ou quatre, établissant tout de suite, d’emblée la fascination d’Alceste pour Célimène…
Vincent eut des douceurs dans la voix assez extraordinaires, je demandais à Julie d’enlever le timbre de la voix de Célimène et cela créa un effet tout à fait intéressant, une intimité vocale tout à fait sensuelle, elle ajouta une petite danse en se tortillant sur elle-même écrasant gentiment le pied d’Alceste, comme une fille boudeuse qui charmerait son père. Je fus assez impressionné par l’inventivité de Julie, sa souplesse de travail, ses propositions.
Dans cette pièce, pour le moment, les personnages se courent après, se cachent, se cherchent, se trouvent. Se recherchent. S’observent. S’espionnent. Tout jeux qui fonctionneront très bien dans le vaste espace du temple.
Nous dûmes écourter la séance parce que Julie jouait le soir à Cully, mais nous fûmes ravis Nicole Vincent et moi de cette première séance de travail
Et si Alceste allait crier Vive la Fronde ! L’en empêcher, le protéger, le surveiller avant qu’il ne commette l’irréparable….
15 mai
Ai visionné le premier acte sur un dvd de la mise en scène à la comédie française de Jean pierre Miquel. Il y a une chose qui ne va pas, c’est la sobriété des costumes élégants. Ça fait trop sérieux, on ne peut pas croire une seconde qu’Oronte va nous faire rire… ça ne va pas. D’où la nécéssité d’une certaine fantaisie pour Oronte et les marquis, mais je dirais que même pour Alceste, le fait de n’avoir pas de perruque rend tout sérieux discursif et aucune part n’est faite à la comédie. Les costumes plombent la pièce et les jeux.
C’est fou comme il n’y a qu’au théâtre que les gens rient si facilement… de rien. Les rires convenus de la scène des portraits sont tellement artificiels et il y a des temps entre chaque portraits qui plombent également la scène.
16 mai
Rencontre ce matin avec Eric Eigenmann.
Je lui parle de mes intentions et en particulier de mes recherches intertextuelles. Il me signale Ménandre et Shakespeare.
Et me parle de Bourqui l’homme qui habite à Fribourg et qui a annoté la dernière éditions des oeuvres complètes de Molière dans ...
17 mai Ai visionné le troisième acte sur le dvd de la Comédie Française, mise en scène de Jean Pierre Miquel. Il y a une chose qui cloche, c’est l’unité stylistique des jeux, ça n’est pas possible. Tout se noie dans l’uniformité discursive, rien n’est saillant, ni drôle, tout l’aspect intertextuel, interthéâtre est absent.
18 mai
Une rhapsodie… un rapiècement de chant… j’ai trouvé la notion dans les notes de la Pléïade… c’est quelque chose comme ça Le Misanthrope… un puzzle… des changements constants… ça me rappelle L’illusion comique de Corneille, cet univers baroque, qui se transforme sans cesse…
19 mai
Lecture du Dyscolos de Ménandre. Je trouve dans la préface cette phrase : “Qu’importe si par une contradiction qui a la vérité de la vie, Cnémon ne revient de son aveuglement que le temps de s’acquitter envers lui, s’il oublie bien vite la leçon du malheur pour retourner à une sollitude qui le livre à Gétas.”
C’est très intéressant, Cnémon a été sauvé de la noyade par son fils… c’est un peu comme si Philinthe ne pouvait définitivement entrer dans les bonnes grâces d’Alceste que s’il le sauvait d’un malheur… Philinthe a lu Ménandre, et Alceste aussi, c’est évident. Ils se rejouent parfois cette vieille comédie…
Le manuscrit du dyscolos semble se trouver à la fondation Bodmer…
21 mai
Vu notre président à la Terrasse du Métis. Je lui dis que l’axe essentiel de la mise en scène et de la lecture sera l’axe intertextuel et interthéâtral.
26 mai
Le Misanthrope est bien le chef-d'oeuvre annoncé : tant le personnage que la pièce éponyme ont une singularité - lui parmi les hommes, elle parmi les oeuvres - qu'il faudra savoir rendre.
J'ai le sentiment qu'avec cette pièce Molière est à la croisée des chemins: Le Tartuffe bloqué, Le Dom Juan surveillé, et si le sujet de sa pièce était tout simplement lui-même et l'art dramatique ?
Comme si, surveillé de toute part, politiquement et même littérairement, il allait puiser au fond de lui des secrets qu'il dissimule subtilement dans son oeuvre ? Comme si Alceste était un personnage encore jamais imaginé - et cela m'émeut beaucoup – et le Misanthrope un nouveau genre théâtral ?
Le Misanthrope est dit comédie, mais l'on voit bien qu'il s'agit de plus ou peut-être d'autre chose, non ? un nouveau genre théâtral qui verrait le jour…
Alceste n'est certes pas Sganarelle - cessez vos comparaisons fades, dit Alceste – mais il n'est pas non plus ni le prince jaloux, ni un héros tragique de Corneille.
Quoique... Et si Molière inventait une nouvelle tragédie, le drame moderne pour un homme moderne ? Un contemporain qui souffre autant qu'un espagnol au siècle d'or, ou un héros grec racinien. Et si la tragédie dorénavant était dans le coeur de tous ? Et si la noblesse des souffrances n'était plus l'apanage des grands, des têtes couronnées ?
Mais je m'arrête là pour l'instant, j'espère que notre public sentira le plus sensiblement possible les secrets que nous aurons su tirer un à un de chaque scène de cette monumentale oeuvre.
Si je dis nous, c'est que les répétitions ont déjà commencé et que chaque séance de travail révèle son lot de surprises, d'émerveillements.
28 mai
Ai avancé hier quant à l’idée de la signification du salon de Célimène.
Il sera longtemps fermé, il est l’image – une de plus - du Misanthrope : l’oeuvre difficile, l’oeuvre cachée, voilée, qu’on découvre petit à petit.
En fait, le salon n’est représenté dans toute sa beauté qu’à l’occasion de la scène des portraits, qui représente dans l’oeuvre le centre de l’histoire du Misanthrope. Le grand but de Célimène et de Basque, c’est de réussir la réception des gens pour cette fameuse scène des portraits.
5 juin
Lecture de Don Sanche d’Aragon de Corneille
Dona Elvire :
Aussi sont-ce d’amour les premières maximes
Que partager son âme est le plus grands des crimes
7 juin
Il est sûr maintenant que Molière n’a pas lu le Discolos de Ménandre.
11 juin
Premier jour de répétitions !
Exposition du Misanthrope par Eric Eigenmann.
Présentation de la scénographie par Roland Deville.
Présentation des acteurs et du projet de mise en scène.
Exposition de la manière de travailler avec l’alexandrin par Nicole Bachmann.
Lecture des deux premiers actes du Misanthrope.
Premières choses :
Acte I l’amitié Acte II l’amour Acte III la mort
On découvre qu'Alceste est vraiment misanthropique, dans la mesure où dans chaque confrontation il attaque l’amour propre de son interlocuteur :
Philinthe, Oronte, Célimène… Il me semble qu’il se rend compte du dégât qu'il fait que pour Célimène… il se reprend, il s’excuse, alors qu’en matière d’amitié et de littérature, il est intransigeant.
Notre défi formel réside en comment bien montrer cette suite nette de destruction d’amour propre à laquelle se prête Alceste ? Je voudrais qu’on voie bien cette suite de déconstructions où Alceste déshabille son interlocuteur… ce qui implique que l’acteur jouant le personnage qui fait face à Alceste doit immédiatement faire preuve d’une certaine virtuosité, montrer son personnage en société et le révéler dans sa fragilité, dans son amour propre blessé. C’est comme si les remarques d'Alceste décapaient les âmes… donnant tout de suite au personnage une perspective humaine.. une belle fragilité… d’où l’importance des contrastes…
12 juin
ça y est c’est reparti… un peu fort tout de même, voilà déjà deux jours que je me réveille vers quatre heures du matin et que je me fais la mise en scène dans mon lit. Pour le Calvin ça s’est passé à une semaine de la première, là, c’est au deuxième jour… je crois que tout vient du jeu… le vrai jeu… : dès qu’il y a jeu, il y a une révélation qui se crée dans les têtes. Les personnages commencent à vivre la situation, à l’éclaircir et elle donne suite automatiquement à toutes sortes de conséquences en amont et en aval…. Est-ce que je suis clair ?
Lorsque j’arrive au temple le décor est planté ! ils ont installé la scène et Roland et Vincent se sont arrangés pour créer un rideau de fortune devant la scène. L’espace est somptueux ! On convient avec Roland de la colonne qui agira comme rappel de la tragédie. Il me dit que probablement la couleur du rideau sera verte.
Lecture de l’oeuvre
Oui cette fois c’est sûr, Molière a mis une jupe a Tartuffe, il l’appelle Arsinoé et il l’écorche vif.
Arsinoé est le personnage que le misanthrope (l’oeuvre et le personnage ) attaque le plus, il y a presque comme deux scènes de torture… Mais je pense donc que le costume doit rappeler Tartuffe, si nous pouvions.
La scène 1, V est mon cauchemar… on dira que c’est la scène où Alceste se martyrise… son côté flagellé jusqu’au bout.
Improvisations
1. Célimène et Basque – leur intimité, leur complicité, c’est le seul homme devant qui elle ne compose pas… la possible mélancolie du personnage. Un passé mystérieux, peut-être misérable, des coups durs… un mariage forcé… et puis maintenant une certaine liberté…
2.
Eliante et Philinthe
Comme ils sont tchékhoviens ! Un choc : l’acoustique ! On entend rien !
La chanson qu’Héloïse à choisie ( Parole de Molière, air de Lully ) est tout à fait intéressante.
3.
Célimène et Oronte.
Interprétations - A cette occasion Vincent me fait remarquer à quel point il est intéressant de voir Oronte observer Célimène cachée aux yeux du public par le rideau barrant le salon. Cette mise en scène de la concupiscence et du désir va faire son chemin, nous allons beaucoup exploiter cette mine d'or scénographique…
Acte IV !
Formidable ! ça marche. Les tchékhoviens d’abord, l’arrivée de Pyrrhus ensuite puis une scène de comédie héroïque où il manque un personnage, remplacé par une sorte de chatte qui serait descendue de son toit brûlant…
15 juin
Dans le Misanthrope, nous allons déduire le passé de nos personnages en général, mais surtout d’Alceste en particulier, à l’aune du mal qu’ils font aux gens qui semblent être eux-mêmes ce que leur pérsécuteurs furent jadis… c’est à dire que dans cette pièce, on peut tout à fait imaginer que les personnages font subir aux autres ce qu’ils ont eux-mêmes subi auparavant. Mais attention, il ne s’agit pas d’une agression brute, aveugle; au contraire, l’agresseur perçoit d’abord dans son interlocuteur l’image de ce qu’il fût un jour et ensuite il le casse, lui faisant subir ce qu’un jour il subît. Il s’agit d’une sorte de christianisme à l’envers : au lieu de “Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse” , nous avons dans le Misanthrope : “ Faisons à l’autre ce qu’on nous a fait subir un jour ”… et c’est ainsi que s’éclaire une partie de la personnalité de celui qui frappe, qui tente de détruire. Oui, un christianisme à l’envers, une histoire du crime, un dostoïevskisme avant l’heure…
En l’occurrence, on peut déduire qu’Alceste est un écrivain qu’on a cassé… c’est peut-être la projection de Molière lui-même… et, Oronte, dans notre mise en scène, est en passe d’être le prochain misanthrope à la Cour…
Arsinoé est sans doute une ancienne libertine lascive et Célimène une future prude, comme elle le dit elle-même…
Pour Alceste, le pardon n’existe pas, sauf peut-être pour celle que nous aimons déraisonnablement…
C’est ainsi que Philinthe ne sera pas le prochain agresseur, car il lit Saint-Paul et en particulier l’épître aux Romains. Il a le don du pardon. Il aime son ami envers et contre tout, il le protègera du début à la fin de l’histoire.
C’est ainsi qu’Eliante à un rapport heureux aux plaisirs et qu’elle lit le de natura rerum de Lucrèce. C’est un peu comme si elle n’avait pas à interdire aux autres les plaisirs qui sont à tout le monde pour peu qu’on puisse les éprouver soi-même… Nul besoin de séduire pour elle, nul nécessité de faire rêver sans jamais passer à l’action… non, elle est prête, si le sort en décidait, elle aimerait Alceste comme il faut, pleinement…
Mais Alceste préfère le rêve, le fantasme, l’impossible en tout.
En une autre occurrence, quand Alceste voudrait que Célimène fût pauvre et misérable, c’est peine perdue… ça s’est déjà passé… elle a probablement été pauvre et misérable… et c’est par mariage qu’elle s’est hissée jusqu’à la Cour du Roi… imaginons-le en tout cas… Alceste a un prédecesseur, qui sans doute a sorti Célimène de sa condition… un bienfaiteur… disparu… lui aussi…
** *
Une des nombreuse énigmes, c’est la cousine. Pourquoi cousine, et comment ? Où sont donc ces deux pères ou ces deux mères, ces géniteurs ?
Il n’y pas de père dans notre comédie ( pourquoi les ont-ils abandonné ? ) Pas plus qu’il n’y a - et les deux choses sont liées – de monologues. C’est un peu comme si, en creux, dans cette histoire, on parlait du Christ… et c’est comme si, en creux, on parlait de père et d’abandon… L’impossibilité de monologuer est une impossibilité de se constuire… une sorte de crise du sujet…
16 juin
" Le bonheur de savoir que vous êtes aimés "
Misanthropiens, misanthropiennes.
Tout d'abord un grand merci pour les travaux que vous avez produits lors de ce déjà peu oubliable week-end de la pentecôte.
Ce que nous avons accompli est déjà allé au delà de mes espérances et me stimule déjà beaucoup ( trop ? ) pour la suite. Il m'arrive tel Oronte d'écrire des textes inspirés de nos travaux que je vous enverrai ( du moins les plus utiles... ). J'espère que ces trois jours vous ont plutôt rassuré, en tout cas pour moi, je ne vois pas qu'il y ait lieu de s'inquiéter. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai placé ses travaux en amont, pour qu'ils stimulent nos imaginaires et que le temps fasse mûrir dans nos têtes et nos songes ce que nous avons entrevu ces trois jours. Je crois que ça paiera, comme ça avait payé pour le Calvin.
Je vous rappelle que Nicole est préposée à l'éclairage alexandrin. N'hésitez pas si vous avez des questions, des doutes… à lui demander. Je ne saurais trop vous encourager à apprendre vos textes le plus rigoureusement possible ( diérèse, synérèse, e prononcés, 12 pieds, etc... )
Je vous conseille d'aller voir Blaise et le travail de Youri Pogrebnichko à St-Gervais. Il y a là un travail sur le corps, les signes qu'on fait, tout ironiques, étranges, plein de charmes et de mélancolie, très intéressants par rapport à ce que je disais sur la fantaisie des acteurs qui jouent les personnages joyeux de se rendre aux portraits...
Vous trouverez donc en pièce jointe un premier planning pour les premiers jours du mois d'août que vous puissiez vous organiser. J'ai privilégié des scènes avec peu d'acteurs pour que nous puissions faire un travail de fond et économiser les énergies.
Même si quand tout le groupe est là, tout prend plus de valeurs, car ce qu'on découvre avec deux acteurs est valable souvent pour tous les autres comédiens ou personnages. Mais les découvertes les plus hallucinantes vous seront transmises par nos excellents assistants, of course.
Bon je m'arrête là pour ce soir.
Je vous souhaite une belle St-Jean et un très beau mois de juillet, vous me manquez déjà un peu...
Prenez bien soin de vous !
amitiés
Cyril
18 juin
Tombe par hasard chez ma mère, sur un vieux et beau livre livre relié de Pierre Corneille et je tombe sur cette phrase en espagnol dans la préface, “comedia famosa del Cid, honrador de su padre”… je suis ma piste… les pères ont disparu de l’univers du Misanthrope… les pères de Célimène, des marquis, d’Oronte, d’Alceste… ils ont abandonné tout le monde… d’où la sensation accrue que les personnages sont comme des enfants, comme dans une pièce d’Anton Tchékhov, il jouent comme des enfants, comme dans Tchékhov, il y a enfantillages. Comme, par exemple, dans la première scène, Alceste dit : “Laissez-moi là vous-dis-je et courrez vous cachez !” Des enfants jouent à cache-cache… ça récrimine, ça se plaint, ça pleure, ça menace de n’être plus un copain, etc… non, non, c’est sûr, nous la jouerons comme si c’était deux enfants, comme nous l’avons fait à la première répétition… pour faire sentir, en creux, qu’il devrait y avoir des parents quelque part…
Chimène… Célimène…Chimène…. Célimène… c’est l’hymen… c’est l’hymne haine… c’est l’hymen… et le misanthrope… le mis en tropes… le mis en trop…
19 juin
Continuation de la lecture du Cid :
don Diègue au comte:
“ Vous êtes aujourd’hui ce qu’autrefois je fus”
L’infante :
“Ah ! qu’avec peu d’effet on entend la raison,
Quand le coeur est atteint d’un si charmant poison !
Et lorsque le malade aime sa maladie,
Qu’il a peine à souffrir que l’on y remédie !”
Chimène à propos de son défunt père :
“… , je l’ai trouvé sans vie;
son flanc était ouvert, et pour mieux m’émouvoir,
Sons sang sur la poussière écrivait mon devoir;
Ou plutôt sa valeur en cet état réduite
Me parlait par sa plaie, et hâtait ma poursuite;
Et pour se faire entendre au plus juste des rois,
Par cette triste bouche elle empruntait ma voix.”
L’écriture faite du sang des rois, le verbe sortant d’une bouche-plaie…
Sollenité des messages, gravité et de l’écriture et de la parole. Tout vient du sang, du corps… Il n’est pas question là d’un sonnet…
L’écriture dans Le Misanthrope est recueillie par une feuille de papier… mais un peu comme si la feuille de papier était le théâtre de mots jouant la comédie, badinant, persiflant, dénigrant, brocardant… une sorte de farce de l’epistolaire… farce dangereuse, fatale…
21 juin
Chère Madame,
un grand merci pour tout ce que vous faites pour soutenir notre aventure molièresque. Je vous envoie en pièce jointe nos horaires de répétitions durant le mois d'août au cas où un membre de la CTPO serait intéressé de visionner notre travail; il serait accueilli très chaleureusement. Il n'a qu'à s'adresser à mon assistant qui l'attendra à la porte du temple le jour venu. Nous venons de travailler 3 jours à la Pentecôte et je suis absolument enthousiaste des premiers résultats de nos travaux. Nous utilisons à plein toutes les richesses architecturales du Temple, les coursives, les colonnes, etc.. Et l'utilisation des grandes orgues fonctionne à merveille ! On pouvait penser que le personnage de Calvin était un personnage austère, peu sexy et j'en ai fait un spectacle assez drôle je crois, eh bien je peux vous l'annoncer déjà maintenant, nous ferons rire avec ce Misanthrope. Je ne crains même plus une représentation pour le Cycle, c'est vous dire si je suis confiant !
Si vous pouviez transmettre mon message à vos membres et leur demander de profiter de leur dernière conférence des maîtres pour qu'ils signalent aux professeurs ce spectacle qui arrivera très vite à la rentrée et qui ne devrait pas les décevoir. ( à noter la présence de trois anciens acteurs de l'atelier théâtre Candolle/ Calvin et la participation de quatre professeurs de diction au Collège... )
Qu'ils aillent sur notre site ( Théâtre du Saule Rieur ) ou qu'ils consultent le blog d'Alain Bagnoud, écrivain, qui y relate la journée de travail à La Fusterie le lundi de Pentecôte.
Voilà, je reste à votre disposition et à celle de vos collaborateurs pour toute information complémentaire…
Très cordialement
Cyril Kaiser
22 juin
Ne pas oublier de reproduire l’effet très esthétique d’une robe qu’on lance depuis la coursive et qui choit vaporeusement derrière le rideau du salon de Célimène et également faire lancer des pétales de rose par Basque sur la tête de la reine des portraits, effet finale champions’s league...
24 juin
Je voudrais qu’Eliante nous surprenne à la fin par sa beauté, sa sensualité, à son tour, et contre toute attente.
Dans la scène 1,II Alceste joint le geste à la parole en tirant le rideau sur Célimène, mais celle-ci réapparait très vite, inssaisissable, incensurable, incloîtrable, toujours exposée. Offerte au plus grand nombre…
Alceste quand il joue, parfois, prend des poses de tragédien, essaie la lumière comme s’il préparait la scène suivante, discrètement, bien sûr, et quand il peut, il dérange une chose ou l’autre dans le salon, que Basque remettra en place, toujours.
3 juillet
“Malgré la tentative gassendiste, au XVIIème siècle, de concilier l’épicurisme avec la Révélation, etc…” ! déclaration très importante que je relève dans la préface du De natura rerum, ( si l’on considère qu’Eliante lit Epicure et que Philinthe lit Saint-Paul )
Il nous faudrait former quelques équipes : une s’occuperait du site, l’autre du journal et une dernière du programme du spectacle.
6 juillet
Mail à Alain Bagnoud :
Tu ne connaissais pas Gassendi ? tu penses à l'époque ou j'étais marxiste, on se piquait de ne lire que les matérialistes de Gassendi à Feurerbach...
comme quoi.. mais j'ai le sentiment que Lucrèce me convient très bien... et ce projet de concilier l'inconciliable... Epicure et la Révélation, ça aussi je trouve tout à fait passionnant...
Mon journal… je t'en ai déjà transmis une grande partie... j'essaie d'y verser tout ce qui peut compter enfin de compte pour la mise en scène... réflexion ou mail parlant du projet... mais les dates sont un peu en désordre... je te l'envoie tel quel + celui que j'ai intitulé confidentiel... qui ne concerne que toi et moi... l'autre j'imagine de temps en temps en envoyer une partie à des comédiens que telle ou telle réflexion pourrait guider pour la construction de leur personnage... tu vois ?
Bon, là. je prends de grands bains froids salés, mange des galettes au beurre, et respire l'air marin pendant la nuit dans notre tente... donc au niveau lecture c'est un peu frugal... je parcours le de natura rerum... il faudra que je te dise comment je pense que Molière communique secrètement avec ses lecteurs les plus avertis au moyen de la citation des textes, des autres textes... ce n'est pas tant la citation elle-même qui compte... mais justement le texte qui a juste avant et juste après... c'est la que réside le secret... le message le plus profond... et qu'on ne peut pas imputer à celui qui en a cité un autre passage tu comprends ? c'est vraiment un code pour écrivain en danger de mort, mais aussi tout excité de pouvoir par la-même ridiculiser le Roi lui-même... tiens je reprendrais ce que je te dis là... pour mieux encore m'expliquer... parce que je crois qu'in fine ça concerne les interprètes aussi, non tu ne crois pas ?
Cyril
11 juillet Revenu de Bretagne et apprends que la fondation Göhner nous aidera aussi.
Bien !
Retrouvé ça dans mes mails :
Chère Paola,
pour ce Misanthrope de Molière, comme nous jouons dans un Temple du dix-huitième siècle, je voulais vêtir mes personnages avec des costumes "d'époque", mais je n'ambitionne pas du tout la rigueur historique, nous pensons Monsieur Deville et moi, chercher dans les réserves dix-septième et dix-huitième siècle. Pour le moment, les acteurs jouent très "actor's studio", très physiquement, et monsieur Deville me disait que ça serait dommage que nous perdions tout le travail des corps en engonçant les corps dans des costumes trop guindés qui noient les corps et qui en annuleraient toutes les richesses, toute l'attraction, surtout pour Célimène.
Ainsi, nous pensions à des robes plus légères, décolletées, qui révèlent encore les mouvements du corps, ce qui nous mènera, si j'ai bien compris Monsieur Deville, vers une costumerie plutôt dix-huitième, vous comprenez ? Mais je vous avoue qu'il ne me déplairait pas de montrer Alceste sous un jour nettement romantique ( dix-neuvième) puisque selon moi, Alceste est le premier des personnages romantiques.
ça doit vous paraître énormément confus et béotien, même si je pense que l'uniformité stylistique serait une erreur et que le mélange des genres est inscrite dans la problématique même du Misanthrope. Mais rassurez vous je compte sur Monsieur Deville qui a une énorme expérience pour trouver au final une cohérence esthétique...
le Misanthrope compte 11 personnages, 8 hommes, 3 femmes.
Nous nous trouvons dans l'aristocratie la plus proche de Louis XIV, le haut du panier comme on dit en français.
Monsieur Deville imaginait montrer nos personnages sans leur veste, légèrement vêtus, en chemise et gilet, comme si nous étions en été et que tous auraient tombé leur veste en entrant. A l'aise, décontractés, prêts à écouter avec délices les portraits de Célimène...
ALCESTE, amant de Célimène. Riche, sombre, mélancolique et misanthrope. Intransigeant et absolutiste.
PHILINTE, ami d’Alceste. Ami intime d'Alceste. Philosophe, flegmatique, tempéré, fidèle et altruiste. Personnage central et très important dans ma mise en scène.
ORONTE, amant de Célimène. Marquis gai, flamboyant, écrivain, superficiel, mais généreux.
CÉLIMÈNE, amante d’Alceste.
La reine de la pièce. Coquette, précieuse, irrésistible autant par son esprit que par sa beauté. Monsieur Deville l'imaginait en rouge pour le moment. Son costume doit s'harmoniser avec la couleur de la tapisserie verte ( une jungle tirée du douanier Rousseau - voire croquis en pièce jointe ) et du sofa. Elle doit pouvoir cependant facilement se mettre sur le ventre ou s'asseoir sur les genoux d'un des marquis...
ÉLIANTE, cousine de Célimène. Cousine sage de Célimène. Son contraire. Modeste altruiste. Une sorte de bergère modeste, mais bonne cantatrice. C'est un personnage qui prend une valeur importante dans cette mise en scène...
ARSINOÉ, amie de Célimène.
Fausse prude et fausse dévote, incarnant l'inquisition. Une sorte de Tartuffe au féminin. Mais c'est une hypocrite, en fait c'est une ancienne libertine et je voudrais qu'elle puisse se montrer subitement tout à fait attrayante, sexy. D'où le décolleté. Monsieur Deville pensait à un costume frôlant la courtisanerie, un peu goyesque et coiffer ce personnage d'une coiffe noire lui conférant un côté faussement austère...
ACASTE. Marquis assez terrifiant. Dangereux, et narcissique en diable. Proche du Roi. Un peu muffle , idiot.
CLITANDRE marquis. Alter ego d'Acaste, mais un peu plus délicat, plus sensible, plus raffiné.
BASQUE, valet de Célimène.
Le double masculin et subordonné de Célimène. Extrêmement raffiné ( voir notice en pièce jointe )
Dans cette mise en scène c'est le personnage qui prend le plus de valeur. De personnage secondaire, il devient chez nous un des personnages principal, le maître d'oeuvre de la fête, mélomane, esthète, couturier. C'est presque le personnage le plus beau de l'histoire. Un peu romantique, un peu mélancolique, pierrot lunaire, le ficchetto de la commedia dell'arte.
UN GARDE de la maréchaussée de France. Assez imposant, impressionnant beaucoup Basque. L'autorité en vêtement...
DU BOIS, valet d’Alceste
Personnage grotesque, venu tout droit de la commedia dell'arte. Fruste, illettré, l'exact contraire de Basque.
Voilà, chère Paola, ce que je peux vous dire pour le moment.
15 juillet
Il me faudra faire pour l’éclairage comme j’ai procédé avec la musique, c’est à dire, rêver les choses scène après scène, les écrire, ne serait-ce que pour trouver les meilleures formulations pour ensuite confier tout à Jean-Michel.
Je devrais fonctionner de la même manière pour les maquillages et les perruques.
Extrait d’une tirade de Dorimène du Mariage forcé, Scène VII.
Dorimène : “… je l’ai fait sur l’espérance de me voir bientôt délivrée du barbon que je prends. C’est un homme qui mourra avant qu’il soit peu, et qui n’a tout au plus que six mois dans le ventre. Je vous le garantis défunt dans le temps que je dis; et je n’aurai pas longuement à demander pour moi au Ciel l’heureux état de veuve.”
16 juillet Lis beaucoup. Je travaille chaque jour une à deux scènes du Misanthrope. Dans la première scène, bien qu’il semble qu’on y parle beaucoup, bcp de choses s’y jouent… Il y aurait là presque une sorte de scène d’exposition littéraire, c’est à dire qu’on nous donne discrètement les premières clés pour trouver la voie philosophique que nous indique Molière. Il faut s’attacher comme je l’ai déjà dit aux références littéraires indiquées explicitement ou implicitement par nos deux personnages. Il y a trois sources qui sont très importantes, la première c’est l’oeuvre ou les oeuvres elles-mêmes de Molière et notamment L’école des maris. La seconde, c’est la Bible ou plutôt Montaigne citant la Bible, c’est à dire la référence au christianisme et à l’humanisme. La troisième, ce sont les apophtegmes d’Erasme, évoqué par Alceste. Bien sûr, je n’aurai pas le temps de tout lire, mais il suffit parfois de se renseigner sur le contenu de tel ou tel ouvrage cité, pour obtenir des indices intéressants. Par exemple, ce qui est intéressant, c’est de découvrir que dans les apophtegmes, Erasme parle des grands personnages qui ont commis le suicide et semble disserter sur les philosphes stoïcs qui seraient capables de regarder froidement la mort en face et même d’y consentir jusqu’au point de se la donner. Il semble qu’Alceste condamne cette froideur et cela me conforte toutefois dans deux choses : il est bien question dans le Misanthrope de suicide, mais il est aussi assez évident qu’Alceste n’y succombera pas, trop passionné qu’il demeure. Ce qui correspond bien à l’idée que je me fais de la fin du spectacle.
LES REPRESENTATIONS
30 septembre (première) Le fruit était mûr : nous étions prêts pour recevoir un public, nous attendions avec fébrilité de pouvoir échanger enfin ce que nous préparons depuis Pentecôte. Le temple s’est transformé toute la journée, l’équipe du Théâtre en Cavale est arrivée, a aménagé son bar, décoré les murs des croquis de Roland Deville, collé les photos des photographes, posé les livres de leur bibliothèque sur une nappe de velours moirée qui rappelle étrangement la robe de Célimène. Des tables sont placées dans les travées ; on y mettra tout à l’heure les victuailles du buffet de première. Les loges rétrécissent : des corbeilles de sucrerie, des bouquets de fleurs viennent jouer leur rôle encourageant pour la troupe. On se passe des billets affectueux dans le bureau de l’Espace Fusterie que nous avons transformé en loge. La salle est pleine. La représentation s’est très bien passée, le niveau a été remarquable. Je réalise que… voilà… c’est fait ! Vincent excelle : quel plaisir d’entendre quelques rires discrets sur les outrances du personnage… c’est ce que nous voulions… faire rire avec Alceste. Jouer toujours en déséquilibre sur cette crête très fine qui sèpare le versant tragique du versant comique, passer de l’intime tragique du personnage au comique de sa représentation publique.
1er octobre - deuxième - états de grâce ! Comme ce fût beau ! Voilà ce que je rêvais de vivre et que je craignais que nous ne parvenions pas à atteindre. Un état de grâce collectif, une soirée ou chaque mot sonne, percute les esprits, où chaque émotion gagne le coeur du public , où, à chaque instant, on admire le jeu sans perdre une miette de l’esprit des scènes ni de leur valeur émotionnelle. C’est dans ces moments exceptionnels qu’on comprend pourquoi l’on fait du théâtre, pour célébrer le présent, vivre cette vibration unique des jeux des comédiens qui oblitère tout ce qui n’est pas là : l’ailleurs, l’avant, l’après : tout est abolit, tout s’abolit sous cette sensation d’être là, en présence d’une action théâtrale unique, un partage sensible qui célèbre l’ici et le maintenant, cet ici-haut dont parle Francis Ponge. C’est très étrange : nous sommes ici dans un temple et nous célébrons le maintenant, nous nions tout extérieur, je me suis même dit : – mais pourquoi coupable ? - l’ailleurs est coupable de ne pas être ici. Dès la première scène, je sens que ça va être une toute bonne représentation, je me penche vers Frédéric et je lui dis que je sens que ça va être une grande soirée. Mon stylo vole sur le papier, chaque réplique me donne une idée, je la note pour que le comédien prenne conscience de ce qu’il a fait ou de ce qu’il pourrait faire encore mieux, ou de ce qu’il pourra développer les prochains soirs... Là, une intonation juste, ici un geste parfait, la un rapport très juste entre les deux personnages. Marc et Vincent ont bien l’air de deux grands clowns, l’un le clown blanc Alceste , l’autre Philinthe l’auguste… et tout leur devient permis : ils veulent nous émouvoir, ils le font, ils veulent nous faire rigoler, nous rions. Enfin je dis « ils veulent » mais ce n’est pas ça : en fait il jouent, il ne font que ça : jouer. ça a l’air une évidence, mais ça ne l’est pas du tout, car tout à l’air si textuel, si philosophique, si rationnel, si cartésien dans cette scène de 13 pages… mais justement, c’est ce que j’ai dit à Marc : ne raisonne jamais, éprouve les choses, surveille ton ami, diffuse la délicatesse de ton personnage et joue avec Vincent, comme si par moment vous étiez deux musiciens interprétant une partition de Mozart ou de Chopin ( quand il s’agit de l’amitié ou de l’amour ) et à d’autres moments comme si vous paradiez au cirque sous les flonflons d’un orchestre de châpiteau ( quand il s’agit des hommes et de leur société ). Le public ce soir est désigné par le Misanthrope, par Vincent, c’est très concret, il acquiert - par la grâce de l’ouverture du jeu de Vincent - un statut : il est reconnu comme tel, présent, là, devant les personnages, mais également désigné comme cette société du dix-septième contre laquelle Alceste vitupère. Le public joue donc à son tour un rôle, il participe de la fable. On sent même assez clairement que l’homme contre qui Alceste a un procès – Tartuffe - est parmi nous. Cette ouverture vers le public ce soir, ce don du jeu au public qui devient une sorte de partage va être contagieuse. Tout à l’heure Célimène, puis Arsinoé, puis Eliante, puis Oronte, tous vont sensiblement ouvrir le jeu, un feu d’artifice, je vous dis ! Quel dommage qu’il y a des gens qui ont manqué ça ! Je comprends pourquoi je voudrais voir toutes les représentations : il s’agit d’être un peu le garant de l’effort produit par les comédiens, non par narcissisme, mais par la volonté d’essayer de comprendre comment on joue quand on est excellent et pourquoi. Quand les jeux se développent, ils donnent des indications précieuses sur le texte, des aspects de la pièce s’éclairent subitement et nécessitent d’être communiqués aux comédiens pour qu’ils se rendent comptent des nouveaux éclairages qu’ils ont apporté au texte ou à leur personnage et qu’ils puissent, en conscience, continuer leur travail les soirs suivants, riches des trouvailles communiquées et aptes à reproduire techniquement ce qu’ils ont trouvé un soir de grâce. Par exemple, j’ai compris hier soir dans la grande scène tragique du quatrième acte - la croix des amants comme je l’appelle (l’étreinte passionnée formée par Julie et Vincent a l’aspect d’une croix moirée, lui dans la soie noire, elle dans la rouge) - que pour Alceste la haine est presque une preuve d’amour . (Ah ! rien n'est comparable à mon amour extrême; Et, dans l'ardeur qu'il a de se montrer à tous, Il va jusqu'à former des souhaits contre vous. Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable, Que vous fussiez réduite en un sort misérable, Que le Ciel, en naissant, ne vous eût donné rien, Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien ) C’est à ce moment qu’Alceste rejoint Arnolphe de L’Ecole des femmes qui n’a éduqué son Agnès que pour en faire sa femme. Un spectateur hier soir nous a confié qu’il n’avait jamais vu un Misanthrope aussi sensible, aussi sentimental et il nous a dit se demander si Alceste finalement n’aimait pas beaucoup l’humanité…
Dimanche 2 octobre – troisième représentation. Petite baisse de régime, mais Oronte et Philinthe ont été en pleine forme.
Mardi 4 octobre, première scolaire ! 18h40, le temple grouille de 150 collégiens qui s’apprêtent à vivre notre Misanthrope… c’est très émouvant… et angoissant… aussi… vont-ils tenir ? apprécier ? La représentation s’est bien déroulée et les comédiens ont été remarquables, Vincent dans la première scène joue manifestement pour eux, pour ces élèves, à fond. On sent l’amour qu’il a pour ces collégiens, comme s’il voulait être ce soir le comédien qui donnera envie à l’un d’entre eux d’embrasser la profession. J’imagine qu’il s’est passé quelque chose comme ça pour lui quand il était collégien, mais j’imagine… tout ça n’a peut-être rien à voir… Tout se passe bien excepté pour un élève au dernier rang qui se croit autorisé de parler tranquillement avec son voisin, ce qui va me rendre la soirée éprouvante parce que ces chuchottements vont perturber les quatre derniers rangs et je n’ai pas su comment faire, car il ne m’a pas semblé possible d’expulser l’élève en question, cela aurait fait plus de mal que de bien.
Mercredi 5 octobre – Liste d’attente ! état de grâce bis. Liste d’attente ! le mot magique ! c’est Maribel qui m’annonce la bonne nouvelle après m’avoir demandé si elle pouvait ajouter des sièges. La chose m’explose dans le coeur, j’en suis trop heureux, je cours dans les loges en criant “ eh les gars “ et on me répond : “On veut pas savoir qui est là ce soir !” - Non ce n’est pas ça, je leur dis, il y a une liste d’attente !!!... Incrédulités… - -- c’est vrai ?… Bravo ! et je me mets à délirer, je leur dis que ça sent la tournée en Sibérie et que je me réjouis de la vie dans les hôtels et tout le monde rit et reconnaît mon sens de la démesure quand je suis heureux. Des amis arrivent de La Chaux-de Fonds, je reconnais une ancienne comédienne de la Compagnie des Personnages Délivrés. Et la représentation commence et tout de suite je perçois les effets du mot magique, mais c’est nettement perçeptible à l’arrivée dans la scène 2 de notre ami Joël Waefler, on sent qu’il donne davantage, le mot liste d’attente agit comme une déclaration d’amour, une sorte de consécration, j’ai le sentiment que nous allons revivre les succès du Calvin, un itinéraire… Nicole a la patate de sa vie, la scène entre Arsinoé et Célimène et le clou de la soirée sans vouloir minimiser l’inoubliable prestation de Vincent qui joue en état de lévitation : tout passe : les nuances, les colères, la folie, l’amour, il danse, il perd l’equilibre, il rit, il pleure, le public est suspendu à son jeu, du tout tout grand art ! Philinthe excelle lui aussi, la scène 1, du IV est merveilleuse on dirait du Tchékhov, les gens comprenne tout… cet inexprimable amour pour Eliante… puis deux scènes plus loin, le grand moment de gâce au moment où Célimène dans les bras d’Alceste devient Agnès de L’école des femmes… avec cet Alceste qui lui souhaite les plus noires misères pour pouvoir mieux la sauver et l’aimer et tout cela se fait avec une telle justesse que le couple monte enlacé dans la lumière exprimant avec leur corps toute la situation… c’est merveilleux… du grand art… la mise en scène se fait toute seule… Les applaudissements sont à la hauteur de la prestation, chaleureux, généreux, enthousiastes… inoubliables… merci à tous ! Vendredi 7 octobre J’arrive au Temple avec ce bonheur dans le coeur qui m’habite depuis cette fameuse liste d’attente et depuis que je sens que nous allons revivre une fabuleuse aventure humaine et artistique. L’atmosphère quand on arrive au temple est magique, Julie est là - comme tous les jours - avant tout le monde, elle se chauffe avec son walk-man sur la tête, elle est déjà immergée dans son monde et il es très difficile de la déranger ou de lui donner des conseils pour le soir, pour elle les notes doivent se communiquer bien avant dans la journée, mais comme c’est la première fois que nous travaillons ensemble, j’apprends à la connaître et pour les comédiens, c’est comme pour les poèmes de Francis Ponge, ( une rhétorique par poème ), c’est une direction d’acteur par acteur. La lumière est sombre, le décor est là, avec son rideau rouge tiré, si beau, Basque joue du piano derrière les tentures blanches. On entend des bribes de textes qui résonnent dans l’espace, Vincent et Blaise se chauffent la voix. Je monte à l’étage et je rejoins la régie, j’y ai laissé mes notes de la veille et de là haut, la vision est superbe: l’orgue majestueux là-bas en face, en bas les silhouettes des comédiens se chauffant, les gens de Cavale qui s’affairent, préparent la caisse, le bar, viennent punaiser les derniers commentaires de la presse. Ce lieu est mon paradis, c’est comme un rêve d’enfant réalisé, c’est pour ça que je vis, c’est ce que je voulais : un grand espace solennel, poétique, avec des artistes, mes amis, qui se préparent… nous faisons un raccord pour les portraits, histoire que tous jouent la même chose.
Samedi 8 octobre - complet Quand Alceste parle de son ennemi et le désigne dans le public, je vois des enfants qui se retournent comme s’il était vraiment là. Il y a d’ailleurs ce soir dans le public des enfants très jeunes qui tiendront jusqu’au bout ! L’écoute est parfaite ce soir, et le texte semble porter à lui tout seul les comédiens, on entend de nouvelles choses ce soir, comme si on le ne les avait jamais entendues, c’est bon signe. Les comédiens ont l’air décontracté, ils ne jouent pas le texte, il jouent avec le texte. C’est Blaise qui a inventé ce rapport comique qu’a son personnage aux alexandrins, allant même parfois compter avec les doigts le nombre de pieds de ses vers, ce qui amusent beaucoup le public. L’acte I à été d’une parfaite facture, le II commence comme un air de Chopin, puis j’arrête de prendre des notes, je me laisse porter par le jeu de la troupe en me réjouissant pour eux et pour moi des applaudissements finaux… Ensuite, nous sommes allés manger une fondue histoire de nous fondre dans la nouvelle saison.
Dimanche 9 octobre, complet Nous avons fait un raccord pour harmoniser et synchroniser encore davantage le jeu des deux marquis.
Mardi 11 octobre
Vendredi 14 octobre Du Bois apparaît ! Grand moment de vérité ! Trop fort Miguel !
Samedi 15 octobre Les ténors un peu en baisse, mais les deuxièmes violons cartonnent ( merci Joël et Marc… )
Dimanche 16 octobre – plus qu’une semaine ! Ce soir, le temple est plein à craquer, je ne peux même pas occuper ma place habituelle en bas, j’ai dû m’exiler à la régie. C’est la première fois que nous plaçons des gens en haut, dans les coursives. Il y a comme une atmosphère électrique. Les comédiens sont survoltés, sans doute, stimulés par cette salle pleine à craquer, ils vont jouer comme jamais. C’est une soirée magique, c’est la première fois que les gens applaudissent entre les actes !
A suivre...
|
||
| |
||



